L'importance du Lien, même quand ce n'est pas facile
- Virginie ROBERT
- il y a 2 jours
- 4 min de lecture

Cet article est né dans le prolongement d’un premier texte :
Ce premier article parlait beaucoup du jugement. Celui qu’on porte sur soi et sur celui qui vient de l’extérieur.
Sur ce qu’on aurait dû voir, ce qu’on aurait pu faire, ce que les autres auraient dû entendre, repérer ou accompagner. Je relisais l'histoire.
Et puis, il y a eu sa réponse.
Une réponse qui ne vient pas contredire mais qui vient plutôt ouvrir autrement.
Elle m’a ramenée à mon rôle le plus juste ; celui de maman.
Elle a posé quelque chose d’apaisant.
Je choisis de la partager ici avec ses mots à lui, parce qu’ils disent quelque chose de très simple, et en même temps très profond.
"Quels que soient tes songes et tes doutes, la vérité se trouve dans le fait que j'y ai vu l'amour, l'espoir ainsi que la volonté de bien faire.
Quelles que soient les « erreurs » ou les « difficultés », je ressens, je vois chaque effort, chaque tentative pour transmettre un bien-être. Dès lors, il ne peut y avoir de loupé.
Car dans un monde où, systématiquement, m'a été renvoyée l'étrangeté, la bizarrerie, l'anomalie, tu as été là pour me faire réaliser deux choses :
le monde peut être beau
et
j'y ai ma place, quelle qu'elle puisse être.
Je l'ai vu dans l'adversité du regard des autres, de ta protection face à ces derniers.
Là où ils t'ont dit que j'étais une cause perdue, tu t'es battue, battue, pour que je puisse exister, moi, celui qui ne comprenait pas la brutalité des gens, des institutions et de mes propres pensées parfois parasites.
Je repense à l'enfant que je fus comme particulièrement difficile, mais aussi triste de l'être. Et c'est à cette époque où je croyais au bien et au mal absolu. Je ne pensais pas être mauvais, mais convaincu d'incarner le mal. Je ne comprenais pas pourquoi je pouvais disparaître au profit de mes émotions obsessionnelles et débordantes.
J'ai pu être méchant, insultant, agressif lors de ces crises, où tout ce qu'il restait n'était qu'une tempête de haine.
J'ai souvent eu peur d'être abandonné, car, une fois passées, ces tempêtes de colère se retournaient contre moi ou se transformaient en tempête de désespoir, quant à ma condition et au mal que je pouvais faire à ceux que j'aimais.
Malgré tout cela, j'ai pu être entouré d'amour et de soutien, et nous avons ensemble cherché de l'aide. Malheureusement, l'époque ne le permettait pas. Mais bien que de nombreuses portes furent fermées, tu as continué à chercher lorsque mes bras furent baissés.
Toi qui as cru en moi m'as donné un pouvoir, celui de quitter ma tendance naturelle à prendre un rôle de spectateur de ma propre vie à celui d'acteur de cette dernière.
J'y pense.
Lors de mon lycée, j'ai appris ce qu'on appelle le phénomène d'étiquetage sociologique. Ce dernier nous apprend que le rôle que le regard des autres nous impose va nous conditionner.
Cela paraît futile. Cela étant, dans une société n'acceptant pas la différence, les jugements des autres sont légion, sapant ainsi la confiance en soi.
Je pense que c'est ainsi, par la peur d'agir et de mal faire, que se traduit cette tendance de spectateur de sa propre vie.
Bien que les traitements puissent améliorer cette condition, il n'y a que lorsque la confiance en soi intervient que la machine à action peut se relancer.
C'est d'ailleurs à cet instant que je me suis permis d'écrire ces quelques lignes."
Ce qui m’a touchée dans cette réponse, ce n’est pas seulement ce qu’elle dit.
C’est d’où elle parle.
Moi, j’avais écrit avec ce que j’avais ressenti. : le regard des autres, la fatigue de devoir se justifier, le fait de chercher, d’essayer, de ne pas baisser les bras.
Je regardais ce qu’on avait fait, pas fait, cherché ,manqué.
Alors que lui me répond avec son regard de fils.
Et là, je retrouve quelque chose de très simple ( et si complexe en même temps)
Ma place de maman.
Son regard me ramène à cet endroit-là.

Et peut-être que c’est là que quelque chose se remet en place!
À force de relire l’histoire avec des “j’aurais dû”, “on aurait dû”, "ils auraient dû”, on finit par s’éloigner de l’essentiel.
Et l’essentiel, il est là!!
On aime.
On a cherché.
On cherche encore.
On a essayé.
On essaye encore.
On accompagne comme on peut.
Avec ce que l’on comprend aujourd’hui.
Avec les ressources qu’on a.
Avec nos limites aussi.
Les outils aident.
La compréhension aussi.
Et quand les choses s’apaisent un peu, le lien retrouve de la fluidité.
Je vois des parents qui cherchent, qui doutent, qui avancent comme ils peuvent.
Même quand parfois ils ont l’impression de ne plus y arriver, ils respirent un grand coup et ils continuent, soutenus par ce lien d'amour inconditionnel.
Alors je partage tout ça avec pudeur.
Pas pour exposer notre histoire, mais parce qu’elle dit quelque chose que beaucoup de parents reconnaissent.
Parfois, au milieu de tout ce que l’on croit ne pas avoir réussi, l’enfant, lui, a senti qu’il avait sous ses pieds un socle rassurant, sincère sur lequel s’appuyer.
Et ça… ça compte, profondément.
Et si ces mots viennent toucher quelque chose chez vous, je serai touchée de vous lire.



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