top of page

Choisir ses combats ne fait pas de vous un parent démissionnaire

Avec un enfant atypique, choisir ses combats et accompagner autrement ne veut pas dire abandonner.

Choisir ses combats, c’est aussi protéger la relation.
Choisir ses combats, c’est aussi protéger la relation.

J’ouvre ici une série d’articles autour de la neuroatypie, du regard social, de la culpabilité parentale, du TDAH, et de tout ce que cela vient bousculer dans les familles.


Derrière les sigles, et les phrases toutes faites, il y a surtout des parents qui essaient de comprendre leur enfant, de l’aider, de tenir et et parfois aussi de ne pas s’épuiser complètement au passage.


Dans cet article, je parle surtout des situations où l’agitation, l’impulsivité ou l’opposition attirent très vite les jugements. D’autres enfants atypiques, plus discrets dans leur souffrance, passent plus facilement sous les radars. Leur vécu mérite aussi qu’on s’y arrête, mais autrement.


Il y a des phrases que beaucoup de parents d’enfants atypiques connaissent trop bien. Parfois, elles sont dites franchement et parfois non. Mais elles sont là, dans les regards qui jugent, dans les sous-entendus, dans cette manière de vous parler qui laisse entendre que, quelque part, le problème viendrait surtout de vous.


« Il manque de cadre. »

« Elle vous mène par le bout du nez. »

« Mais ! c’est qui le parent ? »

« Vous avez toujours trop cédé,  bien voilà. »

« Vous l’avez trop laissé faire. »

« Les miens aussi sont remuants, mais ils ont des limites… » Sous-entendu : « pas les vôtres… »


Et à force, même quand on sent bien au fond de soi que les choses sont plus compliquées que ça, quelque chose se met à vaciller à l’intérieur.

"Peut-être qu’ils ont raison.

Peut-être que je m’y prends mal.

Peut-être que je ne tiens plus rien.

Peut-être que je suis trop souple.

Peut-être que j’ai raté quelque chose.

Et si, au fond, c’était ma faute ?"


Quand un enfant déborde, s’oppose, explose, décroche, se disperse, ou semble ne jamais rentrer dans ce qui est attendu, ce que l’on va juger en premier, c’est l’éducation.

Pas sa surcharge, sa souffrance, ni son décalage, ni son fonctionnement. Non! Mais la façon dont on imagine qu’il a été éduqué.


Comme si tout venait forcément d’un manque d’autorité, d’une incohérence parentale, ou d’un adulte qui aurait lâché.

Dans bien des familles, pourtant, ce n’est pas cela qui se joue.

Beaucoup de parents ne baissent pas les bras. Ils essaient surtout de ne pas se tromper de combat.


On ne peut pas être en lutte sur tout, tout le temps, sans épuiser l’enfant, sans épuiser la famille, sans abîmer le lien. Avec certains enfants, ajouter encore de la pression ou du rapport de force ne change pas grand-chose.

Parfois, cela complique même un peu plus les choses. Un cadre mal ajusté, non expliqué, peut lui aussi devenir une source de tension, de honte ou de débordement.


Je peux vous le dire aussi parce que je l’ai vécu. À force d’entendre qu’il fallait être plus ferme, moins souple, ne surtout pas céder, on peut finir par durcir sa position presque malgré soi. Les conflits et les punitions se multiplient. Et au bout du compte, que reste-t-il ? ....

Un conflit ouvert, un enfant qui se braque davantage, un parent qui se crispe, et une relation qui s’abîme.


Quand l’autorité se vide de sens, elle n’aide personne, elle envenime l’opposition au lieu de l’apaiser. Et elle finit souvent par faire sentir à l’enfant qu’il est, lui, le problème.


Parfois, on ne mesure vraiment la portée de tout cela que bien plus tard, quand l’enfant devenu grand vous dit : 

« Il y a des choses que je ne pouvais pas te dire, parce que déjà, j’avais l’impression de poser des problèmes tout le temps. »


Cette phrase-là m’a arrêtée net.

Parce qu’elle dit ce que peuvent produire des années de difficultés vécues trop souvent dans la solitude, tant du côté de l’enfant que du côté du parent. Du côté de l’enfant, des souffrances gardées pour soi. Du côté du parent, bien plus tard, la découverte de ce que cette solitude a pu laisser comme traces, avec son lot de déstabilisation, de culpabilité, et parfois même de honte. Cette honte de découvrir que malgré tous nos efforts , nos bonnes intentions, une part de son enfant est restée seule avec ce qu’elle vivait.


Sans compréhension, il devient très difficile d’accompagner vraiment. Et c’est justement cela que je voudrais éviter à d’autres familles. Voilà pourquoi il me semble important d’en parler tôt. Non pour culpabiliser les parents, mais pour comprendre l’enjeu avant que cela ne laisse trop de traces.


Parce que même tout petit, un enfant sent qu’il ne rentre pas dans les cases. Alors, bien souvent, il en conclut que c’est sa faute.


Pourtant, la plupart des parents perçoivent très tôt qu’il se passe quelque chose avec leur enfant, même s’ils ne savent pas encore le nommer.

Aujourd’hui, leur parole tend à être davantage prise au sérieux, et heureusement. Quand un parent dit qu’il ne sait pas encore l’expliquer, mais qu’il sent bien qu’il y a quelque chose, il ne cherche pas forcément une étiquette. Il cherche d’abord à comprendre le fonctionnement de son enfant.


Dans la vraie vie, cette parole reste pourtant souvent fragilisée par le regard extérieur.

« mais bien sûr, maintenant ils sont tous TDAH. » « mais bien sûr, il est HPI parce qu’il s’ennuie. »

Ce petit sourire en coin, cette ironie à peine voilée, peuvent freiner les démarches, faire douter, faire hésiter avant d’en parler au médecin.

Comme s’il fallait d’abord prouver qu’on ne cherche pas à se décharger, mais simplement à comprendre.


Alors, malgré les doutes et la fatigue, on continue. Et quand s’y ajoute le regard des autres, on finit parfois par moins sortir, par éviter certaines invitations, certains lieux, certaines personnes. On se rapproche de ceux qui comprennent, ou bien on se replie.

Cette question-là mérite qu’on s’y arrête vraiment. J’y consacrerai un article à part entière.


Parfois, un regard extérieur ajusté peut faire du bien quand tout est devenu trop tendu, trop confus, trop culpabilisant. Il ne s’agit pas de dire aux parents ce qu’ils doivent faire, ni de tout excuser au nom de la NeuroAtypie, mais de remettre un peu de compréhension et de stabilité là où la relation s’est crispée.


Ce regard bienveillant et rassurant fait partie des choses qui m’ont cruellement manqué. Savoir si ma façon de m’y prendre était appropriée ou non. Savoir si j’étais trop souple, trop dure, à côté, ou simplement épuisée. Et, pour être honnête, il m’arrive encore d’en douter.


Être parent d’enfant atypique demande bien plus qu’une simple fermeté. Il faut du discernement, de la présence, de l’ajustement. Il faut tenir une ligne cohérente et stable, tout en gardant des repères et des règles de vie partagées, le tout sans recette toute faite!


Et oui, par moments, c’est plus difficile. Mais c’est aussi, profondément, une affaire d’amour.


Choisir ses combats, ce n’est pas être un parent démissionnaire. Pas quand on continue à chercher ce qui aidera vraiment son enfant à grandir. Pas quand on tient sa place sans casser le lien. Au contraire, il y a là bien souvent une manière profondément responsable de rester parent. Garder du souffle. Préserver la relation. Aider son enfant à grandir avec un cadre ajusté à son fonctionnement, plutôt qu’avec une pression permanente qui peut finir par l’écraser.


Je ne parle pas ici des situations de véritable démission parentale. Elles existent, et elles sont autre chose. Ici, je parle de parents qui veulent le meilleur pour leur enfant, qui essaient de comprendre, d’ajuster, de tenir  et qui doutent parfois tellement d’eux-mêmes qu’ils finissent par se croire défaillants alors qu’ils sont surtout épuisés et seuls.


Dans le prochain article, j’irai plus loin sur ce que ce regard social provoque  chez les parents, dans le couple, dans la fratrie, et plus largement dans toute la famille. Parce que la culpabilité parentale ne tombe pas du ciel. Elle se nourrit aussi de tout ce qu’on fait peser sur les familles avant même d’avoir essayé de comprendre ce qu’elles vivent vraiment.


Et vous ?

Vous êtes-vous déjà senti jugé, incompris, renvoyé à une supposée défaillance éducative alors que vous essayiez simplement de tenir ? Laissez un commentaire ou contactez-moi directement.

Mettre des mots un peu plus justes sur ce qui se joue, c’est déjà commencer à sortir un peu de la solitude.

 
 
 

Commentaires


bottom of page